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Au-delà de la pénurie actuelle due en grande partie au fait quun nombre important détudiants se dirigent vers lentreprise, attirés par une rémunération immédiate plus attractive que sils entraient en cabinet, il était nécessaire de se tourner vers les cabinets pour appréhender la situation de lintérieur. Première étape : diffuser son offre Pour la majorité des experts-comptables indépendants que nous avons interviewés, le premier réflexe dun cabinet qui recrute est de diffuser son offre dans le journal local et/ou dans la presse professionnelle. Lannonce est souvent rédigée simplement, rapidement et ne présente pas de caractère attractif particulier. Lexpert-comptable « recruteur » est dans lopérationnel. Il na pas, à ce moment de sa démarche, de volonté particulière de valoriser le poste quil propose. Et les offres ressemblent à sy méprendre à celle de ce cabinet de Grenoble qui recrute « un collaborateur en CDI, niveau 3 minimum avec une expérience professionnelle confirmée. Rémunération à débattre ». Un expert lorrain à la tête dun cabinet de 5 personnes, souligne qu « un poste de collaborateur dans un cabinet à taille humaine, cest un poste de collaborateur dans un cabinet à taille humaine ! » réduisant ainsi le poste à un ensemble de tâches techniques et niant lensemble des facteurs humains, environnementaux et économiques qui le composent. En moyenne, les experts-comptables qui recrutent pensent recevoir une réponse dans les 8 à 10 jours à suivre. Ces prévisions étant rarement réalisées, ils se tournent alors vers le « spécialiste » : - Cabinet de recrutement, - Société dintérim en préembauche, - ANECS lorsquils ont été adhérents en leur temps. A noter quun pourcentage très faible pense à diffuser son annonce sur des sites emplois. Cet outil semble être à ce jour utilisé essentiellement par les grands cabinets et les consultants en recrutement dune part et les experts-comptables stagiaires en recherche de poste, dautre part. Et les demandes ? Quelles demandes ? De même, la consultation des demandes demploi sur quels que supports que ce soient, ne fait pas recette. Seuls les grands cabinets entretiennent des contacts réguliers avec lANPE et lAPEC. Parmi les 80 cabinets de taille moyenne que nous avons contacté, deux se sont tournés vers lANPE pour consulter les demandes demploi, un cabinet a consulté le site du CROEC de sa région sous la rubrique « proposition de candidature », un cabinet a demandé des CV aux écoles préparant le BTS compta gestion en alternance. En revanche, les candidatures spontanées récentes comme anciennes sont examinées avec beaucoup dattention. Certains ont même commencé à constituer un fichier avec lensemble des candidatures reçues. Les grands cabinets étudient systématiquement ces propositions afin de vérifier si elles présentent une concordance avec les postes à pourvoir ou bien en prévision de recrutement. Sinon, elles sont conservées dans lhypothèse de contacts ultérieurs. Il est à noter quen parallèle, les experts-comptables stagiaires qui souhaitent changer de cabinet utilisent essentiellement le dépôt de leur CV sur le site de leur conseil régional de lOrdre ou les sites spécialisés. Comme lexpert ne va pas consulter les demandes demploi, le stagiaire ne va pas consulter les offres demploi. Enfin, le stagiaire utilisera la lettre de candidature spontanée, tout particulièrement sil souhaite intégrer un grand cabinet daudit. Pour terminer, dautres ont appliqué la démarche déclinée tout au long de Luniversité dété 2001 de lANECS et du CJEC sur le thème des réseaux et se sont servi de leur relationnel à linstar de ce jeune diplômé bordelais nouvellement installé et enseignant qui a recruté son meilleur étudiant ! Politique de recrutement Une réelle politique de recrutement semble être lapanage des grands cabinets. Bien souvent, le recrutement se fait par lintermédiaire dun service centralisé, rattaché directement à la Direction, et composé dun nombre important de chargés de recrutement. Les cabinets à taille humaine reconnaissent ne pas avoir de politique de recrutement bien quils soient conscients de par les difficultés actuelles de la nécessité de la mise en place dune telle politique. « Nous avons travaillé sur limage du cabinet. Le but premier nétait pas dattirer les candidats mais nous sommes conscients de son importance. » ou encore « Nous devons être attractifs pour nos clients mais aussi pour nos collaborateurs. Il sagit dune évidence mais il faut la mettre en action. Le collaborateur doit être fier dêtre dans notre cabinet. A nous de le vendre. » nous dit cet expert-comptable dun cabinet orienté conseil à Lille. Propos confirmés par Véronique ALBAGNAC, directrice du recrutement de FIDUCIAL. Si le service recrutement « a pour objet dassister les opérationnels dans la présélection de leurs collaborateurs, de centraliser les relations candidats et partenaires du recrutement, dhomogénéiser les critères et les outils de sélection », il a également à travailler sur « limage employeur dans la politique de communication ». « Nous devons impliquer les bons éléments à la marche du cabinet. Le management participatif est essentiel pour la motivation des collaborateurs futurs dirigeants. » nous confie un expert-comptable de 55 ans de Rouen. De même dans un dynamique cabinet du sud ouest « on implique les collaborateurs à la vie du Cabinet et on pratique une politique de rémunération motivante. » Des solutions pour pallier la pénurie Les jeunes experts-comptables indépendants sont souvent très critiques à légard de leurs aînés. Ils ont limpression de subir aujourdhui les conséquences des erreurs de management de leurs prédécesseurs. Ainsi cette jeune consoeur qui a recruté, non sans difficulté, sa toute première collaboratrice. « Il faut cesser de présenter les emplois en cabinet comptable comme des emplois desclaves (beaucoup dheures et mal payées). Cest peut être vrai dans certains cabinets mais ce nest pas la majorité. Cette image nous dessert lors des recrutements. Si un salarié est obligé de faire des heures supplémentaires pour terminer dans les délais, cest que soit son employeur ne sait pas organiser son cabinet correctement par la mise à disposition doutils performants, soit il ne sait pas organiser ses clients afin quils ne sy prennent pas au dernier moment. Des clients, cela séduque. » Opinion confirmée par cette expert-comptable installée depuis 30 ans en périphérie toulousaine : « Relativisons la notion de période fiscale. Beaucoup de personnes craignent de travailler en cabinet car elles redoutent des périodes de fortes activités assorties dun grand nombre dheures de travail. En pratique, avec les outils dont on dispose aujourdhui (logiciels ) et compte tenu de lorganisation interne, ce qui était vrai il y a quelques années ne lest plus, et la période fiscale se déroule avec des horaires normaux ». Certains sont septiques : « Nous ne pouvons pas pallier la pénurie actuelle. Il faut être plus fort que les autres. Le gâteau est plus petit et le nombre de convives en croissance exponentielle. Et cela sans dire que le gâteau est moins sucré quauparavant. » Enfin, une dernière catégorie estime que la politique sociale dune part et les mentalités dautre part sont responsables de la situation. « Le marché est très tendu, les prix montent mais surtout les prétendants sont exigeants : travailler peu, sur les dossiers intéressants à forte valeur ajoutée et évidemment bien payé. Certains candidats nont plus de scrupule » ou encore « Les jeunes candidats nont plus beaucoup dambition, surtout quand ils sont en RTT ! » Pendant ce temps, les grands cabinets continuent à développer leur politique de recrutement : « Nous allons renforcer notre politique dintégration en contrat de qualification et dapprentissage en devenant également centre de formation professionnelle. Nous espérons un très fort taux dintégration à lissue de ces contrats et une meilleure stabilisation de ces effectifs embauchés au tout début de leur vie professionnelle et formés à leur métier par nos soins. Une politique encore plus affirmée de communication interne et de gestion de carrières devrait également favoriser lesprit dentreprise et dappartenance à notre cabinet. » nous dit Véronique ALBIGNAC. A noter également, pour faire face à la crise, les premières expériences de délocalisation dans les pays du magreb. Et du côté des stagiaires ! Si la pénurie de collaborateurs expérimentés, lié à un marché du travail ouvert est profitable aux jeunes collaborateurs de cabinets, pour autant les experts-comptables et commissaires aux comptes stagiaires ne semblent pas en abuser et le discours est unanime : un cabinet qui offre des missions variées et intéressantes, permet une évolution et propose une rémunération dans le marché, garde ses collaborateurs. Cest ce que nous confie Marie-Claude, expert-comptable stagiaire 3ème année dans un cabinet à dimension régionale dune cinquantaine de personnes sur plusieurs sites :« Je nai pas souhaité changer de cabinet car le cabinet dans lequel je me trouve permet aux experts-comptables stagiaires un réel épanouissement professionnel. Un comité de pilotage a été mis en place. Son objectif est de déterminer un certain nombre dorientation du cabinet. En tant que stagiaire, jen fais partie et cest très motivant ». Et lon constate que le turn orver que lon pourrait croire important en cette période, touche essentiellement les cabinets qui nont pas su mettre en place un management participatif et motivant. Interrogés sur les motifs de leur changement de cabinet, Eric, stagiaire 2ème année dans un cabinet de 15 personnes à Lyon répond : « lassitude, objectifs du cabinet flous, mauvaise gestion des moyens », Sébastien, 3ème année chez KPMG « envie dune nouvelle expérience » et Marc, 2ème année à Dijon « responsabilité plus importante ». Seule Valérie, mémorialiste dans le centre reconnaît avoir été séduite par un doublement de sa rémunération, lessentiel de son travail quotidien nayant pas changé dun cabinet à lautre. Les experts-comptable et commissaires aux comptes stagiaires ont toujours souhaité orienter leur stage de manière à recevoir la meilleure des préparations à lexercice libéral. De leur côté, les contrôleurs de stage leur ont toujours tenu ce discours. Or, appliquer cet objectif était très difficile ces dernières années, compte-tenu de la situation du marché. Aujourdhui la tendance sest inversée et le stagiaire peut enfin avoir une plus grande maîtrise sur son stage. « En dehors de laspect financier, le choix dun cabinet doit également se faire en fonction du pouvoir de décision à lintérieur de celui-ci et de la qualité des missions qui sont offertes » affirme Alain, stagiaire 2ème année chez PWC dans le sud de la France. « Les cabinets ne doivent pas omettre doffrir un plan de carrière évolutif aux stagiaires, un apprentissage du management et une qualité des travaux confiés. En dehors de laspect financier, ces raisons peuvent être une cause de départ dun collaborateur » nous dit encore Marie-Claude. Fort est de constater que tant que les employeurs ne valoriseront pas le poste quils proposent et son environnement, les candidats potentiels seront toujours aussi exigeants et peu motivés pour des fonctions quils appréhenderont difficilement. Et Sébastien de conclure : « Aujourd'hui un des rôles de représentation des jeunes diplômés que se doit de remplir de l'ANECS est de traiter le mal et ouvrir les discussions avec les représentants professionnels afin qu'un jeune collaborateur puisse s'épanouir dans un métier qui est le sien. Regarder ailleurs et les possibilités de trouver un autre poste traduit un malaise dans les cabinets d'expertise. Pour illustration, les rencontres de stagiaires et collaborateurs de cabinet mènent toujours aux mêmes discussions : les conditions de travail. Il est temps de mettre en avant la valeur "Homme" et que les nouveaux diplômés raisonnent en gestionnaire de toutes les ressources. » |
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